Georges petit
– Maman, y a quelqu’un qui frappe à la porte !
– Je suis dans la salle de bain, va voir qui c’est.
Le spectre se tenait sur le seuil, enveloppé dans un grand manteau qui recouvrait tout son corps et duquel ne ressortait qu’une main squelettique. Mais ce qui impressionna surtout Georges, c’est le long manche en bois surmonté d’une grande lame. Un peu intimidé, le petit garçon leva la tête vers la capuche qui recouvrait entièrement la tête du visiteur.
– Il faudra revenir plus tard, maman se fait une couleur.
Le petit garçon aurait été bien en peine de donner un sens à l’expression « se faire une couleur », mais elle lui plaisait beaucoup et il était content de pouvoir l’utiliser.
– C’est toi que je viens chercher.
Georges, un peu inquiet, recula d’un pas.
– Mais vous êtes qui ?
Avec les enfants, son boulot n’avait plus aucun sens. Ce qu’il aimait, s’était lire la terreur dans les yeux de vieux salopards qu’il venait chercher à l’improviste. Mais généralement, ses clients étaient de braves gens inoffensifs. Certains, souvent malades et très âgés, avaient même l’air contents de le voir.
– Tu comprendras plus tard…ah ben non, tu ne pourras pas. Oh puis merde…je reviendrai.
Georges fixa attentivement son visiteur qui parlait très bas et, en dépit de tous ses efforts, il ne parvint pas à comprendre les murmures du spectre. Il allait essayer de répondre quelque chose quand il s’aperçut que son interlocuteur avait disparu. Au même instant, la porte de la salle de bain s’ouvrit.
– C’était qui ?
Très embarrassé, Georges se lança dans une description physique de l’inconnu en insistant bien sur l’étrange objet qu’il tenait dans la main. Un frisson parcourut le corps de la jeune femme. Elle tenta d’effacer l’ombre qui apparut dans son regard, leva la tête au-dessus de la porte d’entrée et poussa un cri en voyant la pendule.
– Déjà dix heures et demie, il faut y aller, nous allons être en retard, prends tes affaires et attends-moi dans la voiture !
Georges enfila son blouson suspendu au cintre de l’entrée, passa dans sa chambre prendre quelques schtroumpfs qu’il jeta dans le petit sac en toile bleue qu’il prenait toujours avec lui à l’hôpital et se dirigea vers le garage. Il avait maintenant la vie devant lui.
